Défendre l’aide médicale d’Etat, c’est défendre la santé de tous !

A l’heure où les sondages placent le Front National au devant de la scène, la discrimination des étrangers fait son chemin en catimini : en mars dernier, la réforme de l’accès à l’Aide Médicale d’Etat* (AME) a été votée à l’Assemblée Nationale. Ces mesures phares sont les suivantes : instaurer un droit d’entrée à 30 euros et restreindre le nombre de bénéficiaires à la famille proche (conjoint et enfants directs). « 30 euros comme droit d’entrée pour bénéficier de l’AME, cela reste tout à fait accessible pour une personne qui a parfois payé des milliers d’euros pour venir en France avec un passeur » avait plaidé, non sans cynisme, Dominique Tian, le député UMP à l’origine des amendements de novembre dernier.

Dans cette chasse au gaspi de l’argent public, quoi de plus tentant que de rendre solvables les réfugiés privés de moyens juridiques de contestation : les clandestins, les étrangers – mis – en situation irrégulière ? Quoi de plus impitoyable que de s’attaquer à la pénible vulnérabilité de la bonne santé ?

C’est dans cette double brèche que s’est engouffrée la droite à l’origine de la réforme. Pour justifi er ses amendements, l’UMP a dénoncé «les fraudes massives » liées aux fausses déclarations de ressources et «le dérapage» du coût de l’AME. Quid de la réalité ? Le « dérapage » de l’AME tient à son mode de calcul : il est gonflé artificiellement par la précarité croissante des étrangers vis-à-vis de leur statut. Pendant l’intervalle de temps séparant la date d’expiration d’une carte de séjour et son renouvellement, l’étranger s’inscrira à l’AME pour être soigné. Par ailleurs, le budget de l’AME refl ète les frais d’hospitalisation : les maladies graves sont surreprésentées chez ces patients.

Le danger de cette réforme est de pousser au renoncement aux soins et de retarder le traitement des maladies contagieuses, notamment la tuberculose. Elle procède d’un mauvais calcul : prendre en charge des pathologies à un stade avancé s’avère in fi ne bien plus coûteux.

Quant aux « fraudes massives », thème qui flirte avec le thème cher au FN de l’étranger profiteur, elles sont battues en brèche par les rapports récents de l’Institut Général de Santé. Celui-ci conclut que l’AME remplit des objectifs de santé publique essentiels et qu’il s’agit d’« un dispositif maîtrisé avec des potentialités de fraudes (…) qui apparaissent limitées ».

L’Aide Médicale d’Etat est un système de protection effi cace. La juste critique contre le dispositif de l’AME est son seuil pour en bénéficier : il est totalement surréaliste de le fixer à 634 euros par mois, en recouvrant d’un voile pudique la manière dont les étrangers peuvent accéder à un quelconque revenu sans passer par la case des activités illicites et du travail au noir.

Dr Annie Faure,
militante de la section PS17


* NDLR : Ce dispositif est fi nancé par l’Etat et non par la Sécurité sociale. Créé en 1999, cette aide est accessible aux étrangers en situation irrégulière présents sur le territoire français depuis plus de 3 mois. Son coût : 535 millions d’euros en 2010. Une augmentation de 13,3% en deux ans entre 2008 et 2009.

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